Ce que vous saurez de Vera Candida

Maylis Daufresne

Ce que vous saurez de Vera Candida

Avant d'en savoir un peu plus sur Vera Candida, nous apprendrons à connaître Rose, sa grand-mère, et Violette, sa mère.
L'île de Vatapuna également, qui dans ce roman habité par les femmes, n'est pas la moindre des figures féminines. Sur cette île vit l'aïeule, sa fille y mourra, sa petite-fille la fuit, son arrière petite-fille se refusera même à y aborder.
Cet endroit imaginaire, "condensé d'imagerie latino-américaine" comme le souligne Véronique Ovaldé, est ici le terrain de jeu de l'auteur: forêt luxuriante, plages écrasées de soleil, bicoques hantées et palais en ruines engendrent cette lignée de femmes hors-du-commun, amazones caribéennes en quête d'indépendance et de liberté.
Rose, ancienne prostituée reconvertie en pêcheuse de poissons volants, donnera naissance sur le tard à Violette, après avoir été séquestrée par un ogre moderne dans un palais flanqué de 132 marches (66 marches suivies de 66 marches, et pas une au milieu pour s'assoir, s'étonnera la prisonnière).
Violette, un peu simple d'esprit, finira mangée par les fourmis rouges de la forêt canibale, laissant sa fille Vera Candida aux soins de sa grand-mère.
C'est finalement celle-ci que nous suivrons, de sa fuite de Vatapuna pour le continent à l'âge de 15 ans jusqu'à son retour l'année de ses 39 ans, "lorsqu'on lui appr(end) qu'elle va mourir dans 6 mois".
Entre-temps Vera Candida sera recueillie, enceinte, au "Palais des Morues", refuge pour femmes en perdition mené de main de maître par l'énigmatique Renée "à la belle voix de baryton", mettra au monde Monica Rose, s'attardera auprès de Billythekid, le justicier journaliste, avant de choisir le retour à l'île de ses origines afin d'y mourir auprès de sa grand-mère qu'elle espère retrouver après 24 ans d'absence.
Elle laissera sur le continent sa fille Monica Rose, véritable guerrière des temps modernes, dernière de cette lignée de femmes combatives, toutes à leur manière résolues à transformer une vie d'échecs ou d'accidents en un destin choisi et toujours ouvert.
Véronique Ovaldé signe avec Ce que je sais de Vera Candida un joli livre fantaisiste, au goût de merveilleux, à l'écriture énergique et colorée qui se lit comme une fable moderne, dont la gravité des thèmes est allégé par un style réjouissant.

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