Impossible de lâcher Lashner

Myriam Gooris

Masochiste l'amateur de polar ? sans doute puisqu'il se précipite, en tremblant d'excitation, sur une brique de 500 pages qui s'intitule Rage de dents et qui affiche en couverture les instruments de torture du dentiste : le fauteuil et la fraise! C'est William LASHNER digne héritier de CHANDLER et autres Ross MAC DONALD qui signe Rage de dents (aux éditions du Rocher), joyeux coktail d'humour cynique et de suspens haletant.

Franchement, c'est un polar jubilatoire. Le héros est un avocat fauché, pas trés regardant sur la déontologie ni sur la propreté de sa cravate en polyester. Mais ce faux dur, plutôt peureux, s'attaque à de vrais méchants, de sombres crapules et tente, vaille que vaille, de les traîner devant un tribunal.

On croise dans cet excellent polar des créatures de rêve, un dentiste très professionnel (quoique) et une assistante dentaire allumée (pour savoir ce que ça cache, lisez Lashner, surtout ne me demandez pas de vous résumer une intrigue subtile et crédible même si on rit beaucoup )

Bonne nouvelle, il existe 4 autres polars signés du même auteur, avec le même héros craquant, maître Victor Carl, et le même humour cynique, tous parus en pocket.

En attentant le prochain Lashner un autre grand du polar américain d'aujourd'hui vient de nous concocter un de ses meilleurs titres, un vrai bijou : Back story (Chez Bernard Pascuito). Robert B. PARKER nous entraîne dans les années 70. Il nous replonge dans un contexte bien oublié, celui des révolutionnaires violents de l'extrême-gauche américaine. Mais c'est comme s'il nous racontait cette histoire par-dessus la jambe, en ne se prennant pas au sérieux (l'anti Philip ROTH et sa Pastorale américaine). Jeux de mots et scènes burlesques se télescopent. Pourtant l'intrigue est solide, les personnages attachants, le suspens total.

Deux polars recommandables, très différents de ceux qui caracolent en tête des listes des meilleures ventes.

P.S. Moins jubilatoire, beaucoup plus noir mais sensationnel aussi le dernier Arnaldur INDRIDASON : La femme en vert (chez Métailié).
Ici aussi il s'agit d'enquêter aujourd'hui sur un sombre passé (celui de l'Islande pauvre des années quarante). Un polar magnifique et angoissant.

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