Quelle est cette affaire de trou qui nous anime ?
Quelle est cette ville ? et l'affaire d'y vivre. Pour y creuser soi ? Soi-même est absent de toute ville. Ou alors il est entravé par sa posture, muselé dans ses tics et ses trucs. Il ne revient à lui que par la bande, par tout ce qui a été prononcé et qui aurait pu rester dans l'air. Je vis dans la nature insupportable de l'homme, la ville est son trou, son milieu naturel. Et c'est là-dedans, dans le milieu de la parole non parlée et des gestes larvés et des violences télévisuelles et du patronat et de la bêtise comme culture nationale, que je vis. Dans ce trou-là, cette fosse sceptique de tout ce que les humains peuvent faire pour se débarrasser de la pensée. Et notre seul concept sera de tenter malgré tout d'y prendre l'air. Prendre tout. Dire tout et même son contraire. S'égarer dans le voisinage, emporter deux trois idées, traverser quelques histoires, en aimer quelques-unes, et quitter toutes les autres, jusqu'à occuper seul le terrain de l'angoisse. Le terrain de sa propre langue où tout est à faire.
Je fais de la poésie parce que demain je suis mort.
Présentation de l'éditeur
« Je crois que notre fraternité - sur tous les plans - va encore plus loin que nous l'envisageons. De plus en plus, nous allons gêner la frivolité des exploiteurs, des fins diseurs de tous bords de notre époque. Tant mieux. Notre nouveau combat commence et notre raison d'exister. Du moins, j'en suis persuadé... Je le devine et je le sens. »
René Char à Albert Camus, 3 novembre 1951.
On savait Char et Camus frères en amitié. Les quelque deux cents lettres inédites ici rassemblées l'attestent, qui retracent ce que furent les engagements et les travaux communs des deux hommes après-guerre et leur proximité attentive et réciproque. Mais ce qui donne tout son sens à cette correspondance est ce qui l'a peut-être initiée : la rencontre et la reconnaissance de deux oeuvres en même temps que leur convergence dans une époque de démesure et de déraison. Tout comme « l'envie d'écrire des poèmes ne s'accomplit que dans la mesure précise où ils sont pensés et sentis à travers de très rares compagnons » (Char à Camus), le moment de doute dans l'accomplissement d'une oeuvre ne peut que s'appuyer sur « l'ami, quand il sait et comprend, et qu'il marche lui-même, du même pas » (Camus à Char)... Une façon lumineuse, entre Ventoux et Luberon, de rejoindre l'intuition de Julien Gracq qui, avec l'éloignement du temps, voyait se « rapprocher aussi, dans la signification de leurs oeuvres, deux amis dont les silhouettes pouvaient sembler si différentes ».
Présentation de l'éditeur
D'abord un charroi brut et violent, l'expérience nocturne de la ville, l'errance entre masculin et féminin, la saisie de tout ce qui concerne le corps dans la traversée du présent. Une écriture tenue au jour le jour, et sous cette pression rythmique à nu, peu à peu, l'approche d'une autre quête : celle, sans réponse, que nous menons tous et qui concerne l'origine. Des hommes, des femmes, ont été déplacés d'un continent à ces îles, et ceux qui sont au fond de la mer veillent peut-être sur les vivants, ceux qui parcourent aujourd'hui cette ville, au terme d'une autre traversée. Que portons-nous des morts qui nous habitent, qu'exigent-ils de nous pour ce présent de la ville ? François Bon
Présentation de l'éditeur
Un éclatement de formes où interviennent des lettres, des phrases d'enfant, des descriptions d'objets scientifiques et des listes d'inventions à faire. Le monde : d'étranges jardins, parfois familiers, parfois fantastiques. Il ne s'agit plus d'un homme, d'une femme, et du témoin de leur relation, mais les personnages deviennent roi, reine, coiffeur. Un univers qui fait de notre quotidien le palais de notre relation à l'autre. En quoi le monde d'aujourd'hui modifie le plus élémentaire de cette relation d'un être à un autre ? Pascale Petit n'invente pas de roman, ne décrit pas le monde, ne se réfugie jamais dans l'allégorie : elle met à l'épreuve ce qui nous lie à nos proches, dans le contexte le plus actuel de ce qu'est vivre aujourd'hui. François Bon
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Je l'ai aimée comme un enfant, comme un homme, comme je n'ai plus jamais aimé... Elle s'est dissoute un jour, peu après notre amour, dans une eau claire. C'était dans un cristal d'émeraude glacé... J'ai continué à grandir sans elle, bien sûr, avec ce don qu'elle m'avait fait dès l'enfance de cette découverte sans cesse renouvelée de l'amour. Tout au long de ma vie j'ai aimé les nuques déliées, les femmes comme des gerbes et le secret des graines dans les épis... J'ai gardé de l'enfance, et d'Amélie, ils sont liés, l'amour de l'inconnu à défricher, avec la peur au ventre comme une jouissance.
Bernard Giraudeau nous embarque, au fil des amours de ses héros, de l'Afrique à l'Amérique du Sud, à la recherche de cet inconnu qui toujours fascine, avec un don irrésistible pour dire le clair-obscur des sentiments. Son regard précis s'exprime dans une prose drue, nette, crue et poétique à la fois qui échappe à toute nostalgie.
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'Parfois, il suffit de manger pour que tout, ou presque, puisse être dit.' Pour Klara, c'est une aubaine, car Zsuzsa et Péter, ses parents, ne lui ont rien dit, rien transmis de leur histoire, restée cadenassée derrière le rideau de fer. Même leur langue maternelle, ils l'ont comme oubliée. Seule concession à leurs origines, la cuisine de Zsuzsa entre goulasch et Tokay. Klara chérit ce lien. Son alphabet intime ce sont ces voyelles paprika, ces consonnes galuska, ces accents graves au goût de noix, aigus à l'amertume du concombre. Pour le reste, elle va tout imaginer - la fuite hors de Hongrie en 1956, ses oncles et tantes, les rives du Danube. Pièce par pièce, mot par mot, elle recompose son identité, son 'bazar magyar', jusqu'à s'approprier l'histoire familiale d'avant l'exil, jusqu'à faire le voyage. Quête des origines, guidée par les saveurs qui font surgir les souvenirs, Bazar magyar est un festin littéraire.
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La Source pérenne est le journal spirituel d'un lettré, qui, au fil de réflexions et d'expériences narrées avec vivacité, retrace une quête singulière, celle d'un « païen » d'aujourd'hui. La pensée des Antésocratiques Héraclite et Empédocle, le souvenir de fouilles archéologiques durant l'adolescence, les leçons tirées de voyages aux Indes ou dans l'Irlande ancestrale, la proximité des dieux et des hommes, tous ces éléments d'une cohérence souterraine constituent le paysage mental de l'auteur. Par un appel à la plus ancienne mémoire de l'Europe, Christopher Gérard fait sienne cette phrase de Martin Heidegger: « Il faut une méditation à contre-courant pour regagner ce qu'une mémoire tient pour nous, de toute antiquité, en réserve.» Parti à la recherche des divinités enfuies, l'auteur nous convie à une conversion du regard, à la redécouverte d'une source trop longtemps murée ou polluée par des mains sacrilèges, mais jamais tarie. Intelligence et sensibilité se conjuguent dans ce livre d'une grande originalité, qui est aussi celui d'un franc-tireur.
« Quiconque s'interroge sur l'identité spirituelle de l'Europe ne saurait ignorer cette composante et négliger le livre si pétulant de Christopher Gérard. » Bruno de Cessole, Valeurs actuelles
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Trois mètres de toile manquent à la tapisserie de Bayeux, qui décrivent les derniers rebondissements de l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant. Que représentaient-ils ? Les historiens se perdent en conjectures. Une jeune conservatrice du patrimoine, Pénélope Breuil, ronge son frein au musée de la Tapisserie, à Bayeux.
La directrice du musée, dont elle est l'adjointe, est victime d'un attentat. Des fragments de tapisserie réapparaissent à Drouot. Pénélope est convoquée par le patron du Louvre qui lui confie une mission discrète. Cette semaine-là, Diana, princesse de Galles, et Dodi al-Fayed, disparaissent sous le tunnel du pont de l'Alma. Devant Pénélope éberluée se déroule l'histoire secrète de la Tapisserie. Un mystère qui débute en 1066 et se prolonge jusqu'à ces jours tragiques de 1997. Drôle de trame...
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Indépendance Cha Cha, la chanson d'espoir des Congolais de 1960, le tube des Afriques indépendantes. Pour nous les Blancs, cette joie signifiait, mais nous l'ignorions encore, notre fuite vers l'Europe. J'avais neuf ans.
Toute ma vie, par la suite, j'ai voulu écarter de mes pensées ce Congo rebaptisé Zaïre par Mobutu, le dictateur, puis République Démocratique du Congo par Laurent-Désiré Kabila, le libérateur. Mais je savais que je reverrais ma terre natale. Un jour, Médecins Sans Frontière me suggéra de réaliser un reportage à propos de l'ouverture d'un poste médical d'urgence au Kivu, à l'est du pays. J'ai sauté le pas.
J'ai parcouru deux mille kilomètres à travers les brousses et les montagnes, les rues dévastées des grandes villes. À la recherche de mes souvenirs, des odeurs, des couleurs de mon enfance. J'ai trouvé plus fort, finalement : le Congo d'aujourd'hui, où mon passé, celui des miens, s'est fondu dans l'extraordinaire énergie d'un peuple debout. Si différent des images convenues, des vains débats entre responsabilité coloniale et culpabilité. Je vivais mes retrouvailles avec un pays inconnu, le Congo qui est mien aussi.
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Véritable petit bijou, ce roman épistolaire publié en 1824 se présente comme une variation sur la jalousie et ses affres. Confrontée à l'image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d'une autre beauté au sortir de l'opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les mille émotions qui l'assaillent. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée perdue à guetter un signe de celui qui -semble-t-il- vient de la trahir, elle ne trouve d'autre consolation que de lui écrire. Quarante-quatre lettres pour dire vingt-quatre heures de fièvre, de doutes et de désespoir.
Cet unique roman de Constance de Salm bouleversera tous les amoureux de Stefan Zweig et de Marcelle Sauvageot. Poétesse et dramaturge, celle que l'on surnommait «la Muse de la Raison» défendit ardemment la cause féminine et tint un brillant salon littéraire, où se côtoyèrent Alexandre Dumas, Paul-Louis Courier, Stendhal et Houdon.
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