Au pays

Au pays
Ben Jelloun Tahar
Ed. Gallimard/Blanche

A quelques mois de la retraite, Mohamed n'a aucune envie de quitter l'atelier où il a travaillé presque toute sa vie depuis qu'il est parti du bled. Afin de chasser le malaise diffus qui l'envahit, il s'interroge sur lui-même avec simplicité et humilité. Il pense à son amour profond pour l'islam, dont il n'aime pas les dérives fanatiques ; il se désole de voir ses enfants si éloignés de leurs racines marocaines ; il réalise surtout à quel point la retraite est pour lui le plus grand malheur de son existence.
Un matin, il prend la route de son village natal, décidé à construire une immense maison qui accueillera tous ses enfants.
Un retour 'au pays' qui sera loin de ressembler à ce qu'il imaginait.

Un Juif pour l'exemple

Un Juif pour l'exemple
Chessex Jacques
Ed. Grasset

Nous sommes en 1942 : l'Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences. A Payerne, rurale, cossue, ville de charcutiers « confite dans la vanité et le saindoux », le chômage aiguise les rancoeurs et la haine ancestrale du Juif. Autour d'un « gauleiter » local, le garagiste Fernand Ischi, sorti d'une opérette rhénane, et d'un pasteur sans paroisse, proche de la légation nazie à Berne, le pasteur Lugrin, s'organise un complot de revanchards au front bas, d'oisifs que fascine la virilité germanique. Ils veulent du sang. Une victime expiatoire. Ce sera Arthur Bloch, marchand de bestiaux.

A la suite du Vampire de Ropraz, c'est un autre roman, splendide d'exactitude et de description, d'atmosphère et de secret, que Jacques Chessex nous donne. Les assassins sont dans la ville.

Est-ce ainsi que les femmes meurent ?

Est-ce ainsi que les femmes meurent ?
Decoin Didier
Ed. Grasset

Catherine Kitty Genovese n'aurait pas dû sortir seule ce soir de mars 1964 du bar où elle travaillait, une nuit de grand froid, dans le quartier de Queens à New York. Sa mort a été signalée par un entrefilet dans le journal du lendemain : «Une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle.» On arrête peu de temps après Winston Moseley, monstre froid et père de famille. Rien de plus. Une fin anonyme pour cette jeune femme drôle et jolie d'à peine trente ans. Mais savait-on que le martyre de Kitty Genovese a duré plus d'une demi-heure, et surtout, que trente-huit témoins hommes et femmes, bien au chaud derrière leurs fenêtres, ont vu ou entendu la mise à mort ? Aucun n'est intervenu. Qui est le plus coupable ? Le criminel ou l'indifférent ?

A la fois récit saisissant de réalisme et réflexion sur la lâcheté humaine, traversée d'un New York insalubre et résurrection d'une victime, le roman de Didier Decoin se lit dans un frisson.

Fantômes à Calcutta

Fantômes à Calcutta
Ortiz Sébastien
Ed. Arléa

Une ville-monde où le passé a laissé sa patine sur les façades des vieux palais, où la mémoire fait resurgir les mille histoires de la colonisation britannique, où le passage du temps appelle plus qu'ailleurs la mélancolie : telle apparaît Calcutta pour le narrateur, qui retrouve les lieux où il a vécu dix ans auparavant.

Projetant d'écrire un livre sur les fantômes qui hantent Calcutta, il parcourt la ville, et ses rencontres l'amènent à ressusciter les voix qui se sont tues, mais aussi à se confronter à ses propres spectres.

Dans un texte atypique, où se mêlent fiction et enquête, Sébastien Ortiz dresse le portrait inédit d'une grande cité chargée d'âmes, élevée à la puissance de ses fantômes.

L'oeil de Galilée

L'oeil de Galilée
Luminet Jean-Pierre
Ed. JC Lattès

Le 21 août 1609, à Venise, Galilée monte les escaliers du campanile de la place Saint-Marc : derrière lui les princes de la ville, de l'Église et de la famille Médicis. La première démonstration officielle de sa lunette astronomique va fasciner toute l'Europe. Bientôt il fait appel aux meilleurs verriers de Murano pour ciseler des lentilles et perfectionner l'invention. Les astronomes du monde entier vont découvrir, tantôt émerveillés, tantôt consternés, le spectacle des satellites de Jupiter, la surface de la Lune et les profondeurs du cosmos, qui mettent à bas l'enseignement d'Aristote au profit du système de Copernic...

Pendant ce temps, à Prague, le mathématicien impérial de Rodolphe II, Johann Kepler, n'a pas attendu la lunette pour révolutionner l'astronomie. Il a déjà découvert les lois mathématiques des mouvements planétaires et les principes de base de l'optique. Lui seul comprend le fonctionnement de la lunette astronomique et peut attester de la réalité des observations de son confrère italien. L'oeil de Galilée, c'est lui, Kepler.

Dans son nouveau roman, Jean-Pierre Luminet conte comment ces deux géants de la science se sont progressivement apprivoisés sans jamais se rencontrer : Kepler, aux prodigieuses capacités mathématiques mais fasciné par les mondes occultes ; Galilée et son génie rationnel de la mécanique, prudent sous le regard menaçant du Saint-Office.

Les Hautes Falaises

Les Hautes Falaises
Goux Jean-Paul
Ed. Actes Sud

Presque quarante ans après la séparation qui a sonné le glas d'une amitié de jeunesse, un coup de téléphone de Bastien convoque brutalement Simon à un rendez-vous, contraignant ainsi ce dernier à renouer avec le souvenir de cet ami disparu qui, après avoir fait naître chez l'enfant solitaire qu'il était un rêve de beauté, de communauté et d'harmonie, devait, à la fin de l'adolescence, le laisser aux prises avec l'énigme d'un abandon aussi soudain que définitif.

Dans l'espoir d'obtenir enfin l'explication à un événement qui a pris en otage une partie de sa vie, Simon se résout à accepter l'invitation de Bastien à venir le rejoindre sur les lieux de l'enfance et à confronter le démon de l'interprétation aux surprises du réel...

Radiographie de toute relation humaine en ce qu'elle recèle toujours d'insondable mystère, remémoration, écorchée vive, d'une expérience de fascination restituée au fil d'une écriture musicale, ample et précise, cet étonnant roman d'apprentissage à rebours replace magistralement le principe d'incertitude au coeur des préoccupations de la fiction.

Mon roi mon amour

Mon roi mon amour
Pagani Robert
Ed. Table ronde

Le 31 mai 1906, à Madrid, le peuple en liesse célèbre le mariage d'Alphonse XIII avec une princesse anglaise de dix-neuf ans, Victoire-Eugénie de Battenberg. Le cortège nuptial progresse lentement à travers la ville. Mais le pas paisible des chevaux cache mal ce qui se prépare au bout du parcours, à deux pas du palais royal.

C'est cet événement historique qui a inspiré à Robert Pagani Mon roi mon amour. Séduit par le sort d'une jeune femme devenue reine d'Espagne dans des circonstances aussi dramatiques que violemment romantiques, il s'est glissé dans la peau de Victoire-Eugénie.

Mélange d'innocence et d'érotisme, ce court roman au style très vif est à la fois lyrique, torride et plein d'humour.

La piste mongole

La piste mongole
Garcin Christian
Ed. Verdier

Où l'on part à la recherche d'Eugenio Tramonti, le protagoniste du Vol du pigeon voyageur et de La Jubilation des hasards, disparu quelque part en Mongolie. Pour le retrouver il faudra traverser des états de réalité peu ordinaires et accepter de se laisser guider par quelques personnages emblématiques : un Chinois qui présente la particularité de maîtriser ses rêves ; une chamane mongole qui s'absente parfois quelques jours pour voyager dans d'autres mondes dont elle ne se souvient pas ; une Sibérienne qui fréquente assidûment les choses invisibles ; un jeune garçon, apprenti chaman, qui vient interférer dans les rêves du Chinois ; une vieille femme aux identités mouvantes ; une divinité lacustre aux faux airs de renard ; des juments, un aigle et un loup ; sans compter quelques narrateurs, anonymes ou pas, disséminés entre Oulan Bator et Pékin, le lac Baïkal et les hauts sommets de l'ouest de la Mongolie. Les mondes se chevauchent, les histoires se répondent les unes aux autres, les fenêtres de l'imaginaire sont grandes ouvertes, les narrateurs se superposent, et le principe de réalité tremble sur ses bases, à la fois labile, humoristique et fuyant. Et ce faisant c'est une autre réalité qui se trouve posée là - ou tout un réseau de réalités qui s'entrecroisent, car l'instabilité est féconde, et la littérature s'accommode bien de ce flou des frontières.

L'art difficile de ne presque rien faire

L'art difficile de ne presque rien faire
Grozdanovitch Denis
Ed. Denoël

Vivre à son propre rythme, lire des auteurs oubliés, jouer au tennis sans esprit de compétition, faire la sieste au fond du jardin, contempler un vol de grues, repenser aux rêves de la nuit : autant d'expériences mystérieuses que le bruit assourdissant de la planète rend aujourd'hui presque impossibles.

Dans l'esprit de Petit traité de désinvolture, L'Art difficile de ne presque rien faire aborde avec un humour délicieux l'une des questions insolubles de l'existence : comment préserver la jouissance de l'instant ? Quelque part entre la sagesse chinoise du tao et le désir d'enfance, avec un scepticisme assumé face aux délires de la consommation ou du sport-spectacle, Denis Grozdanovitch nous invite avec une poésie quotidienne et lumineuse sur des sentiers qui ne mènent nulle part.

Au bord du monde. Un film d'avant-guerre au cinéma Eden

Au bord du monde. Un film d'avant-guerre au cinéma Eden
Benoît-Jeannin Maxime
Ed. Le Cri

Dans les semaines qui précèdent l'invasion de la Belgique, Joseph et Leni, deux écrivains, trouvent refuge dans un hôtel d'Ostende. Lui est autrichien, elle allemande, ils viennent de Paris et des hôtels de la rive gauche. Lui écrit beaucoup depuis plusieurs années et est alcoolique. Elle a publié un roman à succès dans l'Allemagne des débuts du nazisme et a vingt ans de moins que lui. A Ostende, leur histoire se cristallise et prend les accents d'un film d'avant-guerre avec tous ses excès romanesques. Une sorte d'hyperfilm naturaliste du samedi-soir...
Par ailleurs, le roman est entrecoupé de chapitres d'entretiens entre l'auteure Ursula Baum et un certain Franz, quarante ans après, à l'hôtel des Thermes d'Ostende. On découvre que tous deux se sont connus, mais à des âges différents, au cinéma Eden, à Saint-Dié, une petite ville de l'Est de la France.
Ainsi, comme il y a des romans dans le roman et des films dans le film, Au bord du Monde est un roman dans le film, et un roman du film, tout en étant un film du roman en train de se faire... On y vit, on croit y mourir mais on survit, ailleurs, dans une autre dimension, celle du cinéma comme monde plus réel que la vie et, en somme, plus désirable.
Serait-ce l'ombre alliée à la lumière du cinéma Eden sur l'écran de nos imaginaires ?

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