Lettres à Poséidon

Lettres à Poséidon
Nooteboom Cees
Ed. Actes Sud

Tu m'y as peut-être vu ? Un mortel sur l'une de tes côtes, un homme qui danse dans ton oeuvre d'art en essayant de ne pas tomber, qui se penche, libère un galet de l'emprise de ses voisins, l'emporte chez lui pour méditer sur toi, sur toi et sur le destin des dieux et des hommes, et qui, dans le silence de sa maison, soulève encore une fois cette pierre, comme si, avec cette fraîcheur pétrifiée, il tenait le temps lui-même entre ses mains.

Alors que Cees Nooteboom trouve un peu de repos le temps d'un déjeuner dans une ville allemande, Poséidon, le dieu de la mer, semble soudain lui faire un signe. D'autres que lui n'auraient nullement remarqué cet effleurement du hasard, mais pour l'auteur de L'Histoire suivante la voie d'un livre à venir s'ouvre indéniablement.

Ainsi s'est imposé ce recueil : alternance de réflexions, de méditations et de lettres adressées à Poséidon. Des récits de quelques pages qui cheminent sur le fil poétique de l'art, de la philosophie ou tout simplement de la contemplation pour finalement faire écho, entre harmonie et questionnement, à ces lettres étranges et puissantes qui révèlent l'espace des Dieux aujourd'hui invisible au coeur des hommes.

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Les complémentaires

Les complémentaires
Grondhal Jens Christian
Ed. Gallimard

David Fischer ne se doute pas que sa conversation téléphonique avec sa femme, alors qu'il est en voyage d'affaires à Londres, sera le premier signe annonciateur de trois jours qui mettront à mal bon nombre de ses certitudes. Car tout va bien dans la vie de cet avocat danois, et le dîner avec Nabeel, le petit ami pakistanais de sa fille Zoë, qu'Emma lui annonce, ne lui pose aucun problème. Mais le lendemain matin, une fois rentre à Copenhague, il trouve une croix gammée taguée sur sa boîte aux lettres. Il décide de la remplacer et de n'en parler a personne, mais il est troublé.

Sa femme Emma est anglaise. Mariée avec David depuis vingt-cinq ans, elle l'a suivi dans cette banlieue cossue de Copenhague pour se consacrer à l'éducation de leur fille Zoë mais aussi à la peinture, sans toutefois tenter une carrière. Le soir du dîner, quand elle prend l'initiative de parler des origines juives de David à Nabeel, le malaise dans cette famille en apparence sans histoire s'accroît tout d'un coup. Puis arrive le premier vernissage de Zoë, étudiante aux beaux-arts, où l'installation vidéo provocante qu'elle a conçue avec Nabeel risque bien de mettre le feu aux poudres...

Dans une narration serrée à l'intrigue ramassée, Jens Christian Grøndahl évoque avec une grande justesse ces moments où nos identités se fissurent et où lous nos repères semblent se recomposer. Les complémentaires est sans doule son roman le plus contemporain - les questions d'appartenance, d'immigration et de multiculturalisme y sont clairement abordées - mais aussi le plus émouvant.

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Adieu, mon livre !

Adieu, mon livre !
Kenzaburô Oé
Ed. Philippe Picquier

Adieu, mon livre ! Tout comme les yeux de celui qui doit mourir, les yeux qui ont créé doivent aussi se fermer (T.S. Eliot).

Retiré dans sa résidence, un romancier vieillissant affronte avec un ami d'enfance sa propre disparition face à la destruction possible d'un monde auquel il appartient. Chôkô Kogito entreprend ainsi l'écriture d'un nouveau roman «à l'intérieur même de ma vie». Dans cette maison propice à l'échange de vues et à la méditation, le romancier et ses invités parlent des ans qui s'accumulent, commentent ces compagnons de vie que sont Mishima et le poète T.S. Eliot, convoquent Céline, Beckett et Dostoïevski dans des digressions au cours desquelles s'échafaudent des théories romanesques aussi bien que politiques.

«Je veux seulement tenter de réfléchir à la façon dont, en tant qu'écrivain, il m'est possible de vivre la fin de ma longue vie alors que je me trouve confronté à une grande catastrophe» (entretien avec Philippe Forest, La nrf - Du Japon). Ainsi s'écrit devant nous un roman surgi de l'inquiétude, de la possibilité de vivre poétiquement dans cette «Terre vaine» que prophétise le poète, sans cesse menacée, et dont la catastrophe de Fukushima est, pour l'écrivain, un signe prémonitoire.

L'étoile de craie. Une liaison clandestine avec Paul Celan

L'étoile de craie. Une liaison clandestine avec Paul Celan
Rupp-Eisenreich Britta
Ed. Seuil

La liaison amoureuse que retrace ce livre est une des plus longues de Paul Celan et une des plus clandestines. Peu de lettres échangées, des dédicaces se réduisant à une étoile discrète : cryptogramme que Celan, en cas d'absence de l'amante, trace à la craie sur l'ardoise fixée près de la porte de sa chambre pour noter son passage.

Quand Celan fait la connaissance de Brigitta, soeur cadette de l'écrivain autrichien Herbert Eisenreich, celle-ci a fui son pays natal et son milieu catholique pour aller faire des études à Paris, où elle est jeune fille au pair. Celan a 33 ans, elle en a 25. Leur relation, nouée peu de temps après le mariage de Celan avec Gisèle de Lestrange, en décembre 1952, durera près d'une décennie.

Pour évoquer sa «liaison clandestine», Brigitta Eisenreich écrit : «Vu l'attention et la valeur que Celan accordait aux dates d'anniversaires des siens, il paraît clair que j'occupais une place à part dans sa vie. Notre lien échappait au rituel des dates et à bien des contraintes. C'est dans ce lien à la fois clandestin et affranchi que tenait toute la richesse que nous pouvions partager ensemble.»

Parfois, Brigitta attrape les pensées de Celan au vol et les consigne dans un petit carnet. À la recherche de ses souvenirs les plus intimes, elle multiplie les angles de vue sur l'oeuvre de Celan et sur ses mille et trois vies : comme si le poète, dans l'ombre du génocide des Juifs d'Europe, se devait de répéter compulsivement l'acte de vie pour maintenir le poème vivant - la mémoire.

Le tango de la vieille garde

Le tango de la vieille garde
Pérez-Reverte Arturo
Ed. Seuil

En 1928, Max, gigolo, chasseur de femmes fortunées, fait route vers Buenos Aires à bord du Cap Polonio où il travaille comme danseur mondain, quand il aperçoit une pièce de choix : Mecha Inzunza, épouse richissime d'un célèbre compositeur, qui danse merveilleusement le tango. La passion de Max est immédiate et à Buenos Aires, où il guide le couple dans les cabarets des faubourgs, il noue avec elle une liaison très dangereuse. Le hasard les réunira deux fois : en 1937 à Nice, où ont été volées des lettres compromettantes sur le financement du coup d'État de Franco, et en 1966, dans un grand hôtel de Sorrente, où le fils de Mecha dispute un tournoi d'échecs sous l'oeil vigilant du KGB chargé de veiller sur les carnets secrets de Sokolov, le champion soviétique.

Le tango, l'espionnage, le jeu relient les trois moments de ce roman d'amour et d'aventures, semé d'intrigues et de trahisons. Après avoir traversé un siècle flamboyant et tragique, Max et Mecha, tour à tour proie et chasseur, tireront lentement leur révérence dans la lumière crépusculaire d'une époque qui s'éteint.

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Amant sans adresse. Correspondance, 1942-1992

Amant sans adresse. Correspondance, 1942-1992
Elias Canetti & Marie-Louise von Motesiczky
Ed. Albin Michel

«Sans Canetti, monde dépourvu de sens, avec Canetti, interminable supplice» : ces mots de Marie-Louise von Motesiczky dans une lettre à une amie résument à eux seuls la relation amoureuse qu'elle entretint avec le Prix Nobel de littérature. Une relation clandestine d'un demi-siècle, vécue dans l'ombre de son célèbre «amant sans adresse».

Marie-Louise von Motesiczky et Elias Canetti se rencontrent à Londres en 1941. Issue de l'aristocratie intellectuelle juive, peintre de premier plan, elle a dû fuir Vienne. Contraint au même sort, Elias Canetti, qui vient de publier Auto-da-fé, a quitté l'Autriche nazie aux côtés de sa femme Veza.

Cette correspondance inédite témoigne d'une relation cruelle et poignante, où les espoirs déçus de Marie-Louise rivalisent avec la soif de reconnaissance de Canetti. S'il ne cessera d'encourager son talent de peintre, l'écrivain ne mentionnera jamais l'existence de sa maîtresse, ni dans ses récits, ni dans ses mémoires. Marie-Louise von Motesiczky ne doutera quant à elle jamais du génie de celui qu'elle désigne avec une terrible lucidité dans son journal intime comme sa «catastrophe personnelle.»

Adulte ? Jamais

Adulte ? Jamais
Pasolini Pier Paolo
Ed. Points

Homme inclassable, Pier Paolo Pasolini a choisi la poésie comme voix première. Réunissant des poèmes inédits en français, cette anthologie se veut le reflet vibrant de son inspiration de jeunesse, toujours ample et touchée par la grâce. Sensualité des paysages frioulans et engagement politique s'entrelacent, chant de l'intime et poésie de l'engagement s'enchevêtrent. Habité par la révolte et par le sens du sacré, il lutte contre l'hypocrisie et donne à ses visions toute leur dimension mystique.

Vivre en mourant

Vivre en mourant
Hitchens Christopher
Ed. Flammarion

Depuis que j'ai été scié en pleine tournée de promotion d'un livre, pendant l'été 2010, j'ai adoré saisir toutes les chances de me rattraper et de tenir tous les engagements que je peux. Débats, lectures et signatures font partie pour moi de la respiration de la vie. Mais voici ce qui m'est arrivé il y a quelques semaines. Imaginez-moi assis à ma table et voyant approcher une femme d'aspect maternel.

Elle : « J'ai été désolée d'apprendre que vous avez été malade. Un cousin à moi aussi a eu un cancer.

Moi : Oh ! J'en suis vraiment désolé.

Elle (tandis que la queue s'allonge derrière) : Oui, du foie.

Moi : Ça n'est jamais bon.

Elle : Mais c'est passé, alors que les docteurs lui avaient dit que c'était incurable, puis c'est revenu, et bien pire qu'avant.

Moi : Oh, quelle horreur !

Elle : Et puis il est mort. Ça a été atroce. Atroce. Ça n'en finissait pas. Bien sûr, il était homosexuel, depuis toujours.

Moi (à court de mots et ne voulant pas être assez bête pour répéter son « bien sûr ») : ...

Elle : Toute sa famille proche l'a renié. Il est mort pratiquement seul.

Moi : Eh bien, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais...

Elle : Je voulais juste vous dire que je sais exactement quelle épreuve vous traversez. »

Ce fut une rencontre étonnamment épuisante. Du coup, je me suis demandé s'il n'y aurait pas place pour un bref manuel de savoir-vivre en matière de cancer, destiné aussi bien aux malades qu'aux sympathisants.

Quelque chose est là dehors. Et autres nouvelles

Quelque chose est là dehors. Et autres nouvelles
Bausch Richard
Ed. Gallimard

Richard Bausch s'intéresse aux moments déterminants de l'existence : une trahison, la mort d'un proche, la fin de l'amour.

Avec assurance et subtilité, il décrit les tourments d'individus qui tentent d'échapper à leur destin, et les quitte souvent à l'orée d'une nouvelle étape.

Qu'il fasse irruption dans l'univers d'un couple de musiciens ou dans le quotidien d'une famille de Virginie subissant les combines d'un père en pleine banqueroute, Bausch démontre une puissance d'évocation irrésistible ainsi qu'une acuité hors du commun. Son oeuvre, plusieurs fois distinguée, s'inscrit dans la tradition des grands nouvellistes nord-américains tels que Raymond Carver, Richard Ford ou Alice Munro.

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Jack Holmes et son ami

Jack Holmes et son ami
White Edmund
Ed. Plon

Jack Holmes et Will Wright débarquent à New York dans les années 1960. Collègues dans un journal culturel, ils deviennent bons amis. C'est même Jack qui présente Will à sa future femme. Mais c'est une amitié compliquée : Jack est amoureux de Will. Perturbé par ses désirs subversifs, Jack consulte un psychiatre et sort avec des femmes, tout en continuant à avoir des liaisons furtives avec des hommes.

Et pourtant, au fil des trente années que durera leur amitié, de la libération homosexuelle jusqu'à la catastrophe du sida, Jack demeurera toujours dévoué à Will. Et les deux hommes, à défaut d'en jouir ensemble, partageront un même goût pour le libertinage dans une ville en pleine libération elle aussi. Edmund White dessine avec délicatesse les contours de ses personnages. Effleurant les peaux, il déchiffre les coeurs et saisit les drames qui submergent les êtres en proie au désir. L'amitié, la sexualité, la sensibilité de ses personnages forgent un roman prenant, émouvant et plein d'esprit.

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