Derrière ce nom, encore inconnu en France, et cette vie brève, à la charnière de l'Empire ottoman et de la jeune République turque, se cache un rôdeur affamé d'humanité dans les bas quartiers cosmopolites d'Istanbul. «Écrivain des troisièmes classes», Sait Faik est sans doute, avec son art abrupt de la nouvelle, le plus grand auteur de la modernité turque. Un art qui obéit à une urgence vitale : dans l'attente d'un bateau, entre terre et mer, libre, il a des fulgurances pour atteindre chez l'être humain la peur de l'amour et de la mort, la solitude, le passager... Témoin cet Homme inutile.
«Non, non, il n'était digne d'aucun travail ! Les gens avaient raison... Il était né pour regarder le monde avec stupéfaction, pour s'étonner de ne rien comprendre, il était né pour flâner sur les routes la tête en avant, pour voir ou ne pas voir ce que les gens faisaient. Pour regarder la couleur de l'eau sous un pont, contempler les jambes d'une fille. Celle-là, qui peut l'embrasser ? Comment caresser ses cheveux ?»
Extrait de «Une histoire de corde»
Présentation de l'éditeur
Paul Bannerman, un écologiste sud-africain, s'oppose à un vaste projet de réacteur nucléaire dont les radiations menacent la population environnante. Il est soudain frappé d'un cancer dont le traitement le rend pour un temps radioactif. Il ne peut plus embrasser sa femme, son enfant, ni travailler aux côtés de ses collègues. Il représente un danger pour ses parents qui l'hébergent. Dans sa maison natale, seul, il vit une expérience qui changera irrévocablement sa vie et celle de ses proches.
Ce court roman impressionne par sa densité et sa complexité. Il brasse une multitude de thèmes dans un récit à l'intrigue très resserrée : le portrait d'une famille et d'un pays qui se délitent puis se reconstruisent sur de nouvelles bases.
Présentation de l'éditeur
Cette histoire se déroule dans une île imaginaire - qui n'est pas sans évoquer le Sri Lanka -, quelque part au large de l'Inde. Une île au climat tropical, couverte d'une forêt au creux de laquelle règne une nuit encore plus profonde que la nuit. Elle est le théâtre d'affrontements meurtriers entre une armée gouvernementale et des rebelles qui luttent pour l'indépendance de leur ethnie. Un jeune instituteur issu d'un milieu aisé décide de s'établir dans le Sud, région défavorisée et déchirée par la guerre civile. Il fonde tout son espoir dans l'enseignement qu'il apportera aux plus démunis. L'éducation n'est-elle pas la clé qui ouvre un avenir meilleur ? La connaissance de soi et des autres n'est-elle pas notre seul outil pour construire la paix ? À mesure que passent les mois, il se lie avec les habitants du village. Toutefois, plus il scrute cette communauté, moins il réussit à la comprendre. Bientôt, il ne réussit à percer ni le sens des mots ni celui des regards qui sont échangés autour de lui. Une vérité néanmoins s'impose à lui. Une vérité qu'il n'aurait jamais soupçonnée et qui s'oppose radicalement à tout ce à quoi il croyait, mais qui l'emporte irrésistiblement.
Dans ce roman à suspense mené d'une main de maître et sélectionné pour des prix prestigieux au Canada, Neil Bissoondath peint la folie destructrice qui semble s'être emparée du monde au cours de la dernière décennie, mieux que tout essai politique ne pourrait le faire.
Présentation de l'éditeur
«Le temps du lecteur bouscule celui de l'auteur : ce qui, aux yeux d'un George Orwell ou d'un Pierre Boulle, se situe encore dans le futur donne souvent au lecteur l'inconfortable impression de faire partie du présent. L'excursion de Ronald Wright dans un monde à venir que l'on découvre transformé par les folies de l'espèce humaine - réchauffement de la planète, extinctions d'espèces, altérations génétiques - semble dangereusement actuelle. Rien dans cette histoire ne paraît insensé ni impossible : connaissant les étés de plus en plus chauds du nouveau millénaire, les modifications climatiques, les orages meurtriers, la fonte des glaces de l'Arctique, le lecteur se sent désagréablement chez lui dans le sombre et pessimiste paysage de Wright.»
Alberto Manguel
(extrait de la postface)
Présentation de l'éditeur
«Les hommes de ma famille se sont détruits en se livrant à une sorte de grandiose conquête de l'Ouest qui a mal tourné. Àcourt de terres, nous sommes allés toujours plus loin, à l'ouest de l'Ouest. Nous nous sommes brûlé la cervelle, nous avons sauté d'un pont et perdu la raison, nous avons avorté de certains de nos bébés et en avons laissé d'autres orphelins.»
Considéré aux États-Unis comme l'un des maîtres de la nouvelle, l'auteur du Musée des poissons morts révèle ici une facette inédite de son talent. À travers ces textes, Charles D'Ambrosio porte un regard passionnant sur notre époque, sur l'Amérique, s'emparant de l'universel comme de l'intime.
Qu'il s'agisse de la visite d'un orphelinat russe, d'une réflexion sur le pouvoir des médias ou du suicide de l'un de ses frères, l'écrivain saisit le réel et le transcende. Et ses mots résonnent, s'impriment, s'attardent longtemps dans notre esprit.
« Un extraordinaire écrivain que doivent absolument découvrir tous ceux qui portent un intérêt sérieux à la littérature. » Jim Harrison
« L'une des voix les plus évocatrices de la littérature américaine. » Jay Mclnerney
Présentation de l'éditeur
Comme souvent chez António Lobo Antunes, les discours parallèles se superposent. Très vite, il est clair que chacun ne s'adresse qu'à soi-même, dans l'évocation solitaire et obsédante de ses souvenirs les plus marquants et les plus secrets, réveillés par des photos, des confidences, une visite ou par le simple besoin d'inventer des histoires pour tromper son ennui. Car si l'auteur du livre est bien António Lobo Antunes, il délègue à l'un de ses personnages le soin de créer les autres. En l'occurrence, c'est une ancienne couturière qui assemble les différents morceaux de ces « vies minuscules » sur sa machine à coudre/à écrire. Cette vieille femme à l'existence difficile, sujette à des hallucinations, donne le ton à un livre centré sur les carences affectives qui touchent tous les protagonistes, avec leur singularité, qu'ils soient parents, enfants ou amants. L'on pourrait même les résumer par les mots de la Carmen de Bizet : si tu ne m'aimes pas je t'aime... et si je t'aime pauvre de moi.
Présentation de l'éditeur
Quatre saisons, quatre personnages et un roman, et voilà tous les visages de Manhattan dévoilés. Des êtres et des histoires se croisent, se mêlent et se démêlent. Ainsi va la vie... de l'autre côté de l'hiver.
Que recherche Amy Bostick, la provinciale solitaire fraîchement débarquée à New York ? Pourquoi s'est-elle liée d'amitié avec Howard Peasbody, l'étrange biologiste gay ? À quoi rêve Stuart Englander, le professeur névrosé ? Peut-être à Rachel Kranz, l'étudiante timide et angoissée ?
Où vont-ils, ces esprits que le temps promène, ces fantoches que les saisons malmènent ? Vers une existence moins banale ?
Intempéries des sentiments, émotions orageuses, Benjamin Markovits nous offre une vision kaléidoscopique de la psychologie humaine. Par une écriture elliptique et impressionniste, l'auteur rend palpable l'indicible mélancolie et les bonheurs fugaces de ces Américains ordinaires.
Présentation de l'éditeur
Soixante-cinq morceaux caractérisés par leur extrême brièveté. Soixante-dix personnages sans aucun rapport entre eux composent ce stéréoscope. Au détour des pages, on rencontre un centaure famélique qui peint des natures mortes oniriques ; une poule lectrice de maison d'édition qui mange les manuscrits qu'elle n'aime pas ; un couple d'amants décidés à ne plus sortir du lit, et qui, insensiblement, passe des caresses au cannibalisme ; Méduse, poétesse malheureuse, si méchante qu'elle ne veut pas se tuer, pour pouvoir au moins se punir elle-même?
Poète de l'absurde, Wilcock nous dépeint un bestiaire fantastique avec un humour noir et troublant, dans une écriture toujours parfaitement élégante ; où la surprise est toujours présente, l'inspiration toujours neuve, le plaisir toujours différent.
Après Le Soulèvement des âmes et Le Maître des carrefours, Madison Smartt Bell livre, en guise de dénouement à l'ample trilogie qu'il a consacrée à l'histoire d'Haïti, le dernier chapitre de la vie de Toussaint-Louverture, légendaire meneur de l'unique révolution d'esclaves réussie de l'Histoire.
En 1791 commençait, avec le soulèvement d'un groupe d'esclaves africains contre leurs maîtres blancs dans la colonie française de Saint-Domingue, ce qu'on appellerait un jour la révolution haïtienne.
Dès 1793, Toussaint s'impose comme le meneur de la révolte, se révélant aussi habile en matière politique qu'il l'est sur le champ de bataille. En 1801, il est parvenu à restaurer la stabilité sur un territoire ravagé par la guerre, tout en invitant les planteurs blancs exilés, dont les compétences sont plus que jamais requises, à venir récupérer leurs terres. Les conditions de l'avènement d'une société fondée sur la liberté, l'égalité effective et la fraternité entre Blancs, Noirs et Mulâtres sont, semble-t-il, réunies. Mais l'adoption d'une nouvelle constitution, prévoyant d'abolir l'esclavage et de nommer Toussaint-Louverture gouverneur à vie, incite Napoléon à envoyer ses troupes pour regagner le contrôle de l'île.
La Pierre du bâtisseur couvre la dernière période du destin de Toussaint-Louverture. Madison Smartt Bell y dresse un tableau passionnant - et remarquable de précision - d'une société nouvelle s'extirpani peu à peu de la chrysalide révolutionnaire, et expose la vision qui poussa Toussaint à vouloir créer une société fondée sur des principes et un idéal, aussi bien que les terribles compromis qu'il fut contraint d'accepter pour la préserver.
Magnifique tableau des forces vitales de tout un peuple en marche vers la libération et la modernité, la trilogie haïtienne de Madison Smartt Bell est une fantastique réussite, la bouleversante chronique d'événements exceptionnels et riches d'enseignements quant aux combats de notre temps.
Présentation de l'éditeur
Spirale d'artillerie nous plonge dans le récit halluciné d'un vieux médecin qui essaie de comprendre comment il est devenu à la fois complice et victime d'un régime totalitaire à l'agonie. Nous ne connaîtrons jamais le nom de cet homme sans visage, sans qualités, mais nous allons suivre sa descente aux enfers de l'ectricine (la mystérieuse drogue dont il est devenu entièrement dépendant). Il nous invite à l'accompagner sur un chemin dangereux où le temps, l'espace et les identités se perdent dans les méandres d'une histoire arborescente et qui n'est pas sans rappeler Johnny s'en va-t-en guerre ou L'échelle de Jacob.
Si les noms, les lieux et les personnages sont ici fictifs, ils évoquent pourtant des événements et des faits bien réels : les dictatures communistes, la chute de l'Union soviétique, la manipulation des peuples et de l'Histoire, les expériences «médicales» menées sur des cobayes humains, les lavages de cerveau, et même la disparition du sous-marin nucléaire Koursk... Ignacio Padilla revisite ainsi notre passé récent et signe une brillante parabole sur l'ambiguïté de notre condition. Car tout comme dans son roman précédent, Amphitryon, il nous montre avec ce récit noir, expressionniste, que l'écriture est toujours l'instrument le plus efficace pour dépeindre en profondeur un monde en décomposition et pour explorer la frontière ténue qui sépare parfois, dans l'esprit d'un homme, l'innocence de la culpabilité, la vérité du mensonge, la raison de la folie.
Présentation de l'éditeur