Le désordre Azerty

Le désordre Azerty
Chevillard Eric
Ed. Minuit

Nous attendons d'un livre qu'il nous parle de neige, de marquise, d'île, de zoo, de style, de photographie, de Beckett, d'humour, de Dieu, de virgule, de littérature et évidemment de kangourou. Ce sera le cas de celui-ci, entre autres questions de semblable importance. Soucieux de mettre un peu d'ordre dans son recueil, l'auteur a cédé à la tentation de l'abécédaire, optant même pour la disposition AZERTY du clavier français, conçue justement à l'origine pour éviter que les machines à écrire et ceux qui en usent ne s'emmêlent les pinceaux. C'était oublier que l'écriture selon son goût pactisera toujours plus volontiers avec les forces du désordre.

Le hêtre et le bouleau. Essai sur la tristesse européenne

Le hêtre et le bouleau. Essai sur la tristesse européenne
de Toledo Camille
Ed. Seuil

« Le bouleau, dans le temps littéraire et poétique de la révélation, fut l’arbre du drame, le témoin silencieux de l’extermination ; l’arbre du massacre en train d’avoir lieu. La peau de son écorce en lambeaux est le visage d’un temps que nous n’avons pas connu, temps de l’anéantissement. Plus d’une moitié de siècle après, nous voilà désormais dans le présent du hêtre, arbre gagné par le “h” de la hantise. Mais quelle serait la voie de notre désenvoûtement ? Comment quitter le XXe siècle ? »

C. de T.

Bison

Bison
Grainville Patrick
Ed. Seuil

Philadelphie, 1828. Promis à une belle carrière d'avocat et de peintre mondain, George Catlin voit une délégation d'Indiens se rendre à Washington pour négocier des traités. Il est ébloui par la superbe des cavaliers. Bientôt, le peintre renonce à ses portraits de citadins huppés, il quitte sa femme, sa ville, son confort, enfourche son cheval pour galoper le long du Missouri et du Mississippi à la rencontre de dizaines de tribus. La grande prairie est vierge. Nuls colons, nuls cow-boys. Des millions de bisons. Catlin est le premier à saisir sur le vif, armé de sa palette et de son pinceau, l'épopée des Indiens. Il réalise d'inoubliables portraits, recueille une incroyable moisson d'objets, son fameux «musée indien» qui fascinera quelques années plus tard George Sand et Baudelaire.

Bison raconte le séjour de Catlin chez les Sioux, les aventures d'un village et de ses héros singuliers. L'imagination vient volontiers à la rescousse du document pour recréer, incarner le grand rêve de cet Américain sans préjugés, de ce fou d'Indiens, luttant pour sauvegarder leurs visages magnifiques et condamnés.

En numérique chez Tropismes : Bison

On a sauvé le monde

On a sauvé le monde
Fernandez Dominique
Ed. Grasset


Un jeune étranger séjourne à l'Istituto d'Arte de Rome dans les années 1930 pour y poursuivre ses recherches en histoire de l'art sur le peintre Poussin. Il fait sa cour à Giulia Falconieri, jeune aristocrate à la pureté sculpturale, tandis que la sensuelle Wanda, d'origine polonaise, le pourchasse. Mais chacun triche déjà dans ce triangle amoureux, comme si le travestissement des sentiments n'était que la répétition générale du camouflage des identités. Lorsqu'il fait la connaissance d'Igor, fils d'une famille de Russes blancs ayant fui la révolution d'Octobre pour se réfugier dans l'Italie mussolinienne, le narrateur rencontre son destin. Par amour pour ce garçon, il va devenir un espion au service du régime communiste.

A Moscou, où nos deux apprentis agents apportent les documents qu'ils sont parvenus à subtiliser à Rome, les mâchoires du piège se referment sur ces idéalistes dont le régime a su faire ses «idiots utiles»...

La mémoire de l'air

La mémoire de l'air
Lamarche Caroline
Ed. Gallimard

«Mes tympans se sont mis à siffler, mon cerveau à bouillir, je ne parvenais plus à penser qu’à une seule chose, qui ne me servait strictement à rien à cet instant. Je me suis souvenue de ce que m’avait dit le commissaire de police qui recueillait ma plainte. Il m'avait posé une question qui m’avait plongée dans la confusion la plus grande. J’avais répondu – on répond toujours à un commissaire – quelque chose que je dirai peut-être un jour. Il m’avait dit alors que je devais le taire, que cela resterait entre lui et moi, car si je le disais, cela me desservirait au tribunal.
Allais-je donc passer au tribunal?
Je ne comprenais pas.
Le criminel c’était l'autre, non?
Ou moi?»

D’un monologue guidé par l’étrange beauté d’un rêve, émerge le souvenir de faits qui eurent lieu sans autre témoin que l’air.
L’air conserve la mémoire de toutes les histoires que les humains se racontent depuis la nuit des temps.
Le viol est l’une des plus anciennes. Et des plus actuelles.

En numérique chez Tropismes : La mémoire de l'air

Voyage corsaire

Voyage corsaire
Santoliquido Giuseppe
Ed. Ker

Par une nuit sans lune, un écrivain fit un songe. Il rêva qu'il se réveillait en sursaut et, sous l'effet d'une modification physique inattendue, s'en allait rédiger les souvenirs d'un voyage auquel il n'avait jamais participé.

Un voyage au cours duquel Frédéric Verratti, alter ego de l'écrivain, rencontre de mystérieux personnages. Un metteur en scène qui, chaque année, avec l'aide d'acteurs issus de la population locale, monte invariablement le même pièce au coeur de la savane. Un chasseur qui s'apprête à affronter le grand départ. Ou encore cette ancienne militante politique que les aléas de la vie confrontent à la pérennité de ses idéaux.

Un récit en abyme où l'on entend s'égrener le temps, et dont on ressort immanquablement en questionnant notre propre identité, notre rapport à l'autre.

 

Paysages du Nord

Paysages du Nord
Otten Michel
Ed. Le Cri

A l'occasion des 80 ans de Michel Otten, professeur émérite de l'Université Catholique de Louvain et exégète de l'oeuvre d'Emile Verhaeren, une trentaine d'études du magister ont été rassemblées dans un recueil paru aux éditions Le Cri.

Sous le titre Paysages du Nord, ces passionnantes études de littérature belge de langue française portent sur la littérature 'fin-de-siècle' et le symbolisme, les modernismes de l'entre-deux-guerres et les horizons contemporains.

'J'écris trop au Nord', confiait Max Elskamp, en 1893, à son ami Henry van de Velde, pour expliquer le refus de sa poésie par Paris. De là ces paysages insolites, paysages du Nord le plus souvent, que cet ouvrage tente d'appréhender.

Ce sont l'arrière-pays celtique de Jean-Pierre Otte, les débris de Paradis de Paul Willems, les réalités fantastiques de Franz Hellens, l'Anvers de Guy Vaes saisi dans un vertige, le Bruxelles de Pierre Mertens en proie au vacillement, les paysages d'exil parcourus par les romanciers belges des années 1980.

Ce sont bien sûr aussi les grands poètes symbolistes : Maeterlinck, Elskamp, au premier rang. Tous ont saisi le profond conseil de Max Beckmann : 'Si tu veux atteindre l'invisible, scrute le visible aussi loin que tu peux'.

En finir avec Eddy Bellegueule

En finir avec Eddy Bellegueule
Louis Edouard
Ed. Seuil

«Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici.»

En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

En numérique chez Tropismes : En finir avec Eddy Bellegueule

L'âne et l'abeille

L'âne et l'abeille
Lapouge Gilles
Ed. Albin Michel

« Francis Jammes est un très beau poète. Un jour, il a mis dans un quatrain un âne et une abeille. Je me suis demandé pourquoi il avait réuni ces deux animaux. J'ai comparé les labeurs de l'abeille avec la philosophie espiègle de l'âne. J'ai jeté un oeil dans les ruches, dans l'atelier où les hyménoptères fabriquent le nectar des dieux. Et j'ai cru repérer le lieu où les deux animaux affichent leur ressemblance. Ce lieu est la sexualité : l'insecte et le mammifère défient la loi fondamentale : tu n'aimeras pas un individu d'une autre espèce que la tienne. Ils désobéissent. Ils aiment ceux qu'ils aiment, et tant pis si les dieux froncent le sourcil. Pareille révolte contre l'ordre des choses est sans exemple. C'est elle qui a permis à l'âne d'introduire sur la terre un individu qui n'avait pas été dessiné dans les cartons de Dieu, le mulet, et à l'abeille de renouveler le miracle de la vie en faisant l'amour avec les roses. » Gilles Lapouge

La tête de l'emploi

La tête de l'emploi
Foenkinos David
Ed. J'ai lu

La tête de l'emploi

À 50 ans, Bernard se voyait bien parti pour mener la même vie tranquille jusqu'à la fin de ses jours. Mais parfois l'existence réserve des surprises... De catastrophe en loi des séries, l'effet domino peut balayer en un clin d'oeil le château de cartes de nos certitudes. Et le moins que l'on puisse dire est que cet homme ordinaire, sympathique au demeurant, n'était pas armé pour affronter ce qui l'attendait.

Buster Keaton post-moderne, il va devoir traverser ce roman drôle et mélancolique pour tenter de retrouver sa place dans un monde en crise.

« Le 'Bernard' impose une sorte de familiarité tacite, pour ne pas dire immédiate. On n'a pas peur de taper dans le dos d'un Bernard. Je pourrais me réjouir de porter un prénom qui est une véritable propagande pour se faire des amis. Mais non. Avec le temps, j'ai saisi la dimension sournoise de mon prénom : il contient la possibilité du précipice. Oui, j'ai toujours ressenti le compte à rebours de l'échec, dans cette identité qui est la mienne. Il y a des prénoms qui sont comme la bande-annonce de leur destin. À la limite, Bernard pouvait être un film comique. En tout cas, il était certain que je n'allais pas révolutionner l'humanité. »

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