Serge est brillant, entreprenant, narcissique. Marianne est sincère, ardente, déterminée au bonheur. Cherchez la femme raconte « l'histoire totale » de leur couple. Sous les yeux du lecteur, il se forme, s'établit, procrée, s'épanouit, subit l'épreuve du temps et la déchirure de l'infidélité...
Nos destinées affectives sont-elles libres ? De quel poids pèsent les rêves et les échecs de la génération précédente ? Quelles forces obscures (le passé, l'enfance, l'origine sociale, l'argent, la carrière professionnelle, les convictions, les valeurs) sont à l'oeuvre dans la vie conjugale et menacent cet entrelacs fragile de deux solitudes engagées l'une envers l'autre ?
En forme d'étude de caractères, Cherchez la femme est un livre captivant, plein d'intelligence et d'humour, qui démonte a posteriori les mécanismes délicats d'un mariage et, ce faisant, dévoile à ses personnages les secrets de leur modeste épopée. Avec une écriture passionnée, Alice Ferney observe le stupéfiant voyage du couple, ses ravissements et ses dépressions, ses défenses et ses décompositions. Elle retrouve les mots de l'illusion et ceux de la querelle, ceux du rapprochement et ceux de la défaite. Ceux surtout qui permettent de répondre à la question que l'état de grâce renvoie toujours aux lendemains : qu'est-ce que « s'aimer » veut dire ?
1515. Pendant que Français, Italiens et Suisses s'étripent à Marignan, que le pape Léon X s'acharne à embellir Saint-Pierre de Rome, qu'Henry VIII d'Angleterre n'a encore qu'une épouse - celle de son frère - et que le prince turc Suleïman se prépare à devenir Soliman le Magnifique, le jeune Jean Jambecreuse, peintre comme son père et son frère aîné, quitte sa ville natale d'Augsbourg pour parfaire son apprentissage à Bâle, ville alors en plein essor. Jean veut connaître le latin, la langue internationale de l'époque, celle qui, il le pressent, lui permettra de passer de l'ancien statut d'artisan à ce nouvel état dont on commence à parler en Italie et qui rapproche le peintre du poète : celui d'artiste. Il va alors se frotter aux plus grands penseurs de son temps : Érasme, pour lequel il illustre les marges de l'Éloge de la folie, mais aussi Léonard de Vinci, qu'il suit jusqu'à Amboise où le vieil homme termine ses jours, et auquel il dérobera certains papiers compromettants. De surcroît, par-delà l'apprentissage de son art, il va faire celui de la vie, laquelle - en ce siècle qui est également celui de Rabelais - est faite de bruit, de paillardise et de fureur.
Le personnage de Jean Jambecreuse est inspiré de celui du peintre Hans Holbein (1497-1543). Cet ouvrage a la saveur d'un fabliau moderne : brillant, succulent et drôle, il joue avec finesse des genres et du langage. Rigoureusement documenté, il nous immerge au coeur du XVIe siècle par le truchement des aventures souvent teintées de grivoiserie du jeune Holbein.
La naissance d'un géant. Un immense cri de révolte et de souffrance, à faire s'effondrer les murailles, qui emporte tout dans sa fureur, bouscule la langue, la réinvente, porte les mots jusqu'à leur point d'incandescence. Dans une Haïti de cauchemar, sous le joug de Duvalier, où des hommes à bout de désespoir préfèrent se jeter dans une mer grouillante de requins plutôt que de retourner à l'enfer quotidien tandis que les envahisseurs « yankees » multiplient les atrocités, comme en écho à celles perpétrées au Viêtnam sous le napalm, deux hommes se croisent, se sauvent, se retrouvent après s'être perdus : Raynand l'activiste, lancé dans une course folle contre la mort, la misère, l'exil, condamné à l'échec, et Paulin l'écrivain, enfermé dans sa création, que les circonstances précipiteront sur le devant de la scène, transformé en tribun - Raynand et Paulin, les deux visages de Frankétienne, jusque-là connu comme poète et qui, par ce roman publié en 1968, s'affirme d'un coup comme un romancier de génie.
Rio de Janeiro, 1821. Vaincu par les manigances de Cour de la noblesse portugaise et des Cortes, Dom João VI, roi du Brésil, se voit dans l'obligation de rejoindre Lisbonne et la vieille Europe. Derrière lui, il abandonne une colonie sur le point de conquérir son indépendance et qui sera désormais dirigée par son fils, Dom Pedro, un être tyrannique qui s'autoproclamera bientôt premier empereur du Brésil.
Irrésistiblement attirée par les fastes du pouvoir, la jeune Madalena, fille de la très estimée Dona Josefina, gardienne d'un culte spirite, va tout quitter pour cet empereur de pacotille. Hélas, rapidement réduite à l'état d'esclave par celui-ci, elle ne rêvera que de vengeance et d'assassinat pendant que sa fille Marina et son mari Zumbi, afin d'échapper aux soldats de l'empereur, sillonneront le pays en intégrant une troupe de cirque.
Dans un pays qui n'aspire qu'à la modernité, où les gens de la rue côtoient des capitaines d'industrie aux fortunes colossales, où les immeubles luxueux se multiplient et où les immigrants affluent par milliers pour se bâtir de nouvelles vies, cette saga historique emporte le lecteur dans un tourbillon d'aventures et d'émotions qui constitue un véritable chant d'amour pour le Brésil.
J'ai été analphabète pendant dix ans. Je n'ai rien su écrire, je manquais de ce livre. J'ai perdu des êtres aimés et rencontré d'autres gens qui se sont mêlés à ma vie, mon père qui n'arrivait plus à habiter ce monde-ci, un jeune homme qui cherchait à être un bon frère, une logeuse avide de mettre tout le genre humain à l'abri, des Marocains et des Français qui ne se comprenaient pas ni ne comprenaient leurs sentiments. Tous ces analphabètes, c'est nous.
R. O.
Le jeune Chino descend dans un tableau de Goya. Les figures s'animent. Entre les lavandières au fonds et deux jeunes filles sur la colline en face : 2 km, une demi-journée. Rencontres : copains, fillettes, saints guérisseurs, âmes en peines, vieilles tordues, chiens qui parlent, jardiniers ivrognes, champions idolâtrés. Formes : aquarelles de sites, blasons météo, chansons paillardes, dialogues socratiques opérettes en kit, livrets de ballet, fabliaux, lais et mirlitonades. Sujets : démêlés avec la parentèle, violences aux animaux, deuils, controverses sur l'école, la société, le sexe. L'Histoire s'inscrit sur des plaques de rues, des tombes, des feuilles de journaux. Des mondes à la fois bouffons et effrayants roulent dans les chutes rythmiques. Et peu à peu, dans l'inachevé de l'enfance, coagule l'achèvement adulte : rideau.
En septembre 2012, à quelques jours de distance, trois personnes se sont jetées sur les voies du RER, derrière chez moi, dans les Yvelines. Un vieillard, une mère de famille, un homme qui n'a pu être identifié. À la violence de leur mort a répondu le silence. Il ne s'est rien passé. Nul n'a désigné la souffrance par son nom. Une voix neutre a seulement résonné dans les haut-parleurs de la gare : « Suite à un accident grave de voyageur... » Nos vies ont pris un peu de retard. À cause de trois détresses qui n'ont jamais existé.
Remonter à pied la Marne depuis sa confluence avec la Seine jusqu'à la source est une odyssée à travers les odeurs, des paysages encore intacts traversés par une étrange lumière, la rambleur. Villages aux devantures vides, églises fermées, communes démeublées mais nullement moribondes, cette France inconnue se découvre pas à pas. Seule la marche permet un rapport profond au temps, au silence, aux rencontres.
Une géographie imprévue se dessine, l'aventureuse histoire de notre pays, riche en coups de théâtre, s'y révèle à la lumière du présent. Vulnérable, la Marne est depuis toujours la rivière du sursaut. La grâce surabonde dans cette Champagne marquée par le jansénisme.
L'auteur y a découvert la France des conjurateurs, ces indociles qui résistent à la maussaderie des temps présents et conjurent les esprits maléfiques d'aujourd'hui.
Remonter la Marne, ce n'est pas revenir en arrière et pleurer le passé, mais au contraire se perdre, chuter pour mieux renaître.
Sur un paquebot qui va vers l'Amérique, un jeune homme rencontre une femme qui lui fait perdre toute innocence.
Dans un bistrot, un inconnu vient me dire : « Je vous ai eu dans ma ligne de mire, en Algérie. »
C'est parce qu'il avait froid, dans une briqueterie en Hongrie, que mon voisin, quand il était petit enfant, a échappé à Auschwitz.
Par trois fois, le « flûtiste invisible », qu'on peut appeler le hasard - ou la main de Dieu -, fait basculer des existences. Pourquoi ? C'est toute la question de ce roman.
« Dans la rue on la reconnaît et la poursuit. En la voyant filer à grandes enjambées martiales, dans ses capes qui font claquer leurs ailes à chaque pas qui fuit, on dit de cette grande ombre au visage enseveli sous une pluie de cheveux, camouflé sous la visière d'un chapeau mou, derrière d'énormes lunettes noires, que sa beauté rayonne encore, que son style éclate. »
En septembre 1949, Greta Garbo s'apprête à jouer dans La Duchesse de Langeais sous la direction de Max Ophuls. Le tournage est brutalement annulé. René de Ceccatty revient sur cet échec, symbole d'un renoncement qui aura marqué la vie et la carrière fabuleuse de l'actrice suédoise à la beauté miraculeuse. En se retirant de l'écran, Garbo a orchestré l'effacement auquel elle a toujours aspiré, au coeur de sa gloire et pendant un demi-siècle, jusqu'à sa mort en 1990.
Avec finesse et élégance, ce récit éclaire le mythe de l'inoubliable Reine Christine à la lumière d'archives retrouvées.