Le mythe de l'islamisation. Essai sur une obsession collective

Le mythe de l'islamisation. Essai sur une obsession collective
Liogier Raphaël
Ed. Seuil

Depuis le milieu des années 2000, un mot s'est immiscé dans le débat : islamisation. Les musulmans, dont la population s'accroîtrait dangereusement, chercheraient à submerger numériquement et culturellement l'Europe. L'imaginaire du complot déborde ainsi peu à peu le cadre de l'islamophobie ordinaire. Si cette perception paranoïaque était restée l'apanage d'une poignée d'extrémistes, elle ne ferait pas question, mais elle envahit aujourd'hui l'espace public, imprègne les discours de politiciens écoutés et les analyses d'auteurs réputés sérieux.

Cet essai salutaire s'attelle à déconstruire ce qui n'est autre qu'un mythe et interroge l'obsession collective qu'il recèle. Il montre ainsi que la «bombe démographique musulmane» qui serait prête à éclater sur le triple front de la natalité, de l'immigration et de la conversion relève du fantasme. Quant au regain de ferveur spirituelle et au renouveau identitaire des musulmans, ils n'ont pas la signification conquérante ni même politique que suggère l'épouvantail de l'«islamisme». Cette réfutation en règle permet enfin de comprendre pourquoi l'Europe et la France en particulier ont tant besoin de l'«ennemi musulman».

Figures de l'histoire

Figures de l'histoire
Rancière Jacques
Ed. PUF

« L'histoire est le temps où ceux qui n'ont pas le droit d'occuper la même place peuvent occuper la même image : le temps de l'existence matérielle de cette lumière commune dont parle Héraclite, de ce soleil juge auquel on ne peut échapper. Il ne s'agit pas d'' égalité des conditions ' au regard de l'objectif. Il s'agit de la double maîtrise à laquelle l'objectif obéit, celle de l'opérateur et celle de son ' sujet '. Il s'agit d'un certain partage de la lumière. »

L'invisible

L'invisible
Rosset Clément
Ed. Minuit

Réflexions sur la faculté humaine de voir ce qui est invisible, d'entendre ce qui est inaudible, et de réaliser cet exploit, apparemment contradictoire, qui consiste à ne penser à rien.

En numérique chez Tropismes : L'invisible

Récit d'un noyé

Récit d'un noyé
Rosset Clément
Ed. Minuit

Pendant que des médecins travaillaient à me maintenir en vie, à la suite d'une noyade qui aurait dû finir fatalement, j'ai vécu, ou rêvé, ou halluciné, des aventures si extraordinaires que l'idée m'est venue d'en rapporter au moins quelques-unes.

En numérique chez Tropismes : Récit d'un noyé

Les années rouges

Les années rouges
Badiou Alain
Ed. Prairies ordinaires

On a dit tout et n'importe quoi à propos du maoïsme d'Alain Badiou, mais qui a lu Théorie de la contradiction, De l'idéologie et Le Noyau rationnel de la dialectique hégélienne ? Les années rouges, qui réunit pour la première fois ces trois ouvrages, propose de revenir sur ce moment méconnu de la carrière de Badiou.

À présent que l'auteur est pleinement entré dans l'histoire de la philosophie, il convenait de combler une lacune en permettant aux lecteurs contemporains de comprendre la trajectoire qui l'a conduit du Concept de modèle à l'élaboration de Théorie du sujet.

Mais il s'agissait surtout de montrer que, dans l'oeuvre de Badiou, la polémique n'a jamais été séparable de la philosophie et travaille la philosophie de l'intérieur. La pérennité du maoïsme réside sans doute ici : dans un engagement de la philosophie au présent, visant à en dégager la nouveauté et les lignes de fracture. À l'opposé des divers retours de la philosophie politique qui ont dominé les dernières décennies, Badiou montre que la philosophie, y compris la plus spéculative et la plus métaphysique, est en soi politique. Revenir sur les années rouges et le moment maoïste, c'est donc aussi renouer avec un geste, réactiver une époque que les défenseurs de l'ordre néolibéral auraient préféré ne voir jamais reparaître.

Aimer hier. Notes pour une histoire du sentiment

Aimer hier. Notes pour une histoire du sentiment
Anders Günther
Ed. Fage

Si l'on connaît le penseur de la déréalisation du monde, de la déshumanisation du quotidien, de la marchandisation générale, les lecteurs français n'ont pas eu encore accès aux écrits plus personnels rédigés par le philosophe allemand en exil.

Les textes qui composent ce volume, extraits de ses journaux intimes de New York des années 1947-1949, ont pour objet des sentiments, les siens et ceux de ses compagnons de destin. Anders pour autant ne se livre pas en ces pages à l'exploration de sa vie intérieure, ni ne découvre des strates de son moi par goût de la confession. Les réactions émotionnelles qu'il consigne sont pour lui des exemples caractéristiques traduisant l'existence de fossés tant générationnels qu'intra ou interculturels, qu'il appréhende dans une perspective historique. Anders a fait valoir, dans le premier volume de L'Obsolescence de l'homme, l'intérêt d'une histoire du sentiment ; les pages qui suivent portent l'esquisse d'un tel projet, et l'amour en constitue le fil rouge. En 1979, Anders déclarait dans un entretien avec Mathias Greffrath :

« [...] j'ai tenu un journal sur le fait amoureux en Amérique. Au moment où je l'ai écrit, il s'appelait Lieben heute (Aimer aujourd'hui). Maintenant, je l'ai rebaptisé Lieben gestern (Aimer hier). Et s'il paraît un jour, il faudra sans doute qu'il s'appelle Lieben vorgestern (Aimer avant-hier)... »

Ontologie. Herméneutique de la factivité

Ontologie. Herméneutique de la factivité
Heidegger Martin
Ed. Gallimard

Dans ce cours délivré pendant le semestre d'été de l'année 1923 à l'université de Fribourg-en-Brisgau, le jeune Heidegger, alors assistant (Privatdozent) de Husserl, aborde la question qui était, à cette époque, au centre de sa pensée, celle de la « vie factive », du Dasein tel qu'il est à chaque fois, et qu'il s'agit non pas de décrire, mais de comprendre ou d'expliciter dans sa structure d'être. Cette explicitation prend la forme d'une herméneutique phénoménologique originale qui vise d'abord et avant tout à éveiller le Dasein à lui-même et à la possibilité éminente qui lui appartient en propre, possibilité qui est appelée ici « existence ». Après avoir exploré la manière dont la vie a tendance à se comprendre aujourd'hui dans l'histoire et la philosophie, Heidegger met en place un certain nombre de thèmes qui seront ensuite repris dans le traité d'ontologie fondamentale de 1927, tels que l'être-au-monde, la significativité, la curiosité ou encore le souci.

Ce cours, contemporain des premières esquisses de Sein und Zeit, constitue un document capital sur l'approche heideggerienne au début des années 1920. Il représente une étape décisive sur le chemin ayant conduit à Être et Temps dont la démarche est au fond implicitement contenue dans le titre : Ontologie. Herméneutique de la factivité. Un titre qui articule déjà à sa manière la question de l'être avec cette phénoménologie du Dasein qui prendra plus tard le nom d'analytique existentiale.

Enquête sur les modes d'existence. Une anthropologie des modernes

Enquête sur les modes d'existence. Une anthropologie des modernes
Latour Bruno
Ed. La Découverte

Pour repérer les valeurs multiples et contradictoires auxquelles tiennent ceux qui se disent Modernes, il faut accepter qu'il y ait plusieurs régimes de vérité, plusieurs types de raison, plusieurs modes d'existence dont l'enquêteur doit dresser avec soin les conditions de félicité et d'infélicité. On peut alors revisiter le coeur de notre vie collective : les sciences, les techniques, mais aussi le droit, la religion, la politique et, bien sûr, l'économie, la plus étrange et la plus ethnocentrique des productions. Et se poser autrement ces questions : Que nous est-il donc arrivé ? De quoi pouvons-nous hériter ? Qu'avons-nous en propre ? L'enjeu n'est pas mince au moment où les crises écologiques obligent toutes les sociétés à repenser ce qu'elles ont en commun.

Pour avancer dans ces questions, l'auteur a mis au point un dispositif original qui s'appuie sur une enquête collective et auquel ce livre sert d'introduction, de rapport provisoire. Grâce à un environnement numérique monté tout exprès, les lecteurs pourront participer au recueil des expériences multiples repérées par l'enquête, avant de devenir coproducteurs des versions finales. C'est par cet exercice d'«humanités numériques» que l'auteur prétend renouveler, avec ses lecteurs, l'anthropologie philosophique des Modernes.

Quand le moi devient autre. Connaître, partager, transformer

Quand le moi devient autre. Connaître, partager, transformer
Laplantine François
Ed. CNRS

Si le caractère résolument universel de l'anthropologie doit être réaffirmé, il ne saurait prendre la forme d'un universalisme définitif, arrêté et imposé par l'Occident. Cet universel non comme état, mais comme devenir et comme éthique, n'est pas achevé. Il est en construction permanente. Il cherche davantage à rendre plutôt qu'à prendre. Il consiste à ressentir puis à élaborer ce qui surgit entre nous et les autres.
François Laplantine interroge un certain nombre de perspectives théoriques : l'héritage du confucianisme et du taoïsme, la démarche de Claude Lévi-Strauss, les travaux de Michel Foucault. Il se déplace librement entre le Brésil, la Chine et le Japon, en étant à la fois attentif aux questions de traduction et aux phénomènes de migrations. Il nous propose un horizon de pensée permettant de mieux comprendre rapports, échanges et flux qui transforment les hommes.

Le moment critique de l'anthropologie

Le moment critique de l'anthropologie
Affergan Francis
Ed. Hermann

Les turbulences que l'anthropologie traverse depuis une trentaine d'années atteignent aujourd'hui un degré tel que, si l'on ne commence pas par dresser un diagnostic implacable de son état actuel, nous ne pourrons parvenir à trouver les solutions pour rétablir la situation.
Les causes d'une telle crise sont triples et inhérentes : L'organisation institutionnelle dont l'anthropologie relève et les autorités de tutelle dont elle dépend n'ont toujours pas pris conscience de l'importance majeure de cette discipline qui est seule, aujourd'hui, à poser scientifiquement la question des identités, des différences et de l'altérité. Le monde actuel appelé tantôt mondialisation, tantôt postmodernisme, cherchant à unifier les différences - fût-ce superficiellement -, tend à faire croire qu'on pourrait se passer d'une discipline qui, par la méthode comparative, les fait valoir aux fins de compréhension entre les cultures. Et que dire enfin de l'absence de renouvellement des outils opératoires et essentiels pour mesurer ce nouvel état du monde, les instruments d'analyse n'ayant pas évolué depuis une quarantaine d'années.
Ce livre s'emploie à dresser un constat sans complaisance de la situation et tente de proposer des pistes nouvelles.